Libérer la tristesse refoulée avec l’IFS, et pourquoi pleurer en séance fait du bien
Pourquoi la tristesse se refoule, comment elle se manifeste quand on ne la sent pas, les protecteurs qui la retiennent, le déroulé d’un travail IFS avec un exilé triste, et le rôle des larmes dans ce processus.

Vous ne vous souvenez pas de la dernière fois où vous avez pleuré. Ou alors, au contraire, les larmes montent pour un rien, devant un film, une chanson, une publicité, et vous ne comprenez pas pourquoi. Vous vous sentez parfois lourd, éteint, sans savoir dire ce qui ne va pas. Il est possible qu’une tristesse ancienne attende, quelque part en vous, d’être enfin entendue.
La tristesse refoulée est l’une des émotions les plus fréquemment rencontrées en thérapie. Elle n’est pas dangereuse en elle-même, mais quand elle n’a pas de place, elle trouve d’autres chemins. L’IFS (Internal Family Systems) offre une manière particulièrement douce de lui faire de la place.
Pourquoi la tristesse se refoule
La tristesse est l’émotion de la perte : perte d’une personne, d’un lien, d’une sécurité, d’un rêve, d’une partie de soi. Elle invite à ralentir, à se replier, à chercher du réconfort. Mais dans beaucoup de familles et de cultures, elle n’a pas bonne presse :
- « Arrête de pleurer. »
- « Ce n’est pas si grave. »
- « Il faut être fort. »
- « Il y a plus malheureux que toi. »
Un enfant qui entend ces phrases apprend que sa tristesse dérange, ou qu’elle ne sera pas consolée. Il apprend à la mettre de côté. Parfois aussi, la tristesse était trop grande pour l’enfant qu’il était (un deuil, une séparation, un abandon), et le système l’a mise à l’écart pour survivre.
Comment se manifeste une tristesse qu’on ne sent pas
La tristesse refoulée ne disparaît pas. Elle se manifeste souvent indirectement :
- une fatigue persistante, une lourdeur, un manque d’élan ;
- une irritabilité, une colère qui remplace les larmes ;
- une difficulté à se réjouir, comme si quelque chose était éteint ;
- des larmes inattendues, déclenchées par des situations sans rapport apparent ;
- une boule dans la gorge, un poids sur la poitrine ;
- une hyperactivité, pour ne pas laisser de place au vide.
Attention : ces signes peuvent aussi être ceux d’une dépression, qui nécessite un avis médical. Si la tristesse est présente presque tous les jours depuis plus de deux semaines, si vous perdez l’envie de tout, si vous dormez ou mangez beaucoup plus ou beaucoup moins, si des idées noires apparaissent, consultez votre médecin. En cas d’urgence, appelez le 3114.
Les protecteurs qui retiennent la tristesse
En IFS, la tristesse refoulée est souvent portée par un exilé : une part jeune, qui a vécu une perte sans être consolée. Autour d’elle, des protecteurs veillent à ce qu’elle ne remonte pas :
- le fort, qui tient bon, ne montre rien, gère tout ;
- l’occupé, qui remplit chaque minute pour ne pas laisser de place au vide ;
- le rationnel, qui explique, relativise, analyse ;
- le colérique, qui transforme la tristesse en irritation, plus facile à vivre ;
- le distrait, qui se réfugie dans les écrans, la nourriture, le travail.
Ces protecteurs ont une crainte commune : que si la tristesse remonte, elle soit sans fond. « Si je commence à pleurer, je ne m’arrêterai jamais. » Cette peur est compréhensible, et elle mérite d’être entendue.
Comment l’IFS libère la tristesse
Le travail se fait en plusieurs temps, à votre rythme.
1. Rencontrer les protecteurs
On commence par les parts qui retiennent la tristesse. On les remercie, on leur demande ce qu’elles craignent. On leur explique qu’on ne va pas forcer, qu’on peut s’approcher doucement, et s’arrêter quand elles le souhaitent. Leur permission est essentielle.
2. Approcher l’exilé
Avec cette permission, on se tourne vers la part triste. Souvent, elle apparaît sous la forme d’un enfant, à un âge précis. On lui demande ce qu’elle veut nous montrer. Elle peut évoquer un souvenir, une scène, une sensation.
3. Être témoin
On l’écoute, sans corriger, sans minimiser. On reconnaît ce qu’elle a vécu. Pour beaucoup d’exilés, c’est la première fois que quelqu’un, même intérieur, prend le temps d’entendre leur peine.
4. Offrir ce qui a manqué
On demande à l’exilé ce dont il avait besoin à l’époque : être consolé, être pris dans les bras, entendre que ce n’était pas sa faute. On le lui offre, depuis le Self.
5. Laisser partir ce qui pèse
Quand l’exilé se sent entendu, il peut parfois déposer ce qu’il portait : la tristesse, la solitude, la croyance qu’il n’était pas aimable. En IFS, on parle de « délestage ». Ce moment est souvent vécu comme un grand soulagement.
Pourquoi pleurer en séance fait du bien à l’enfant intérieur
Beaucoup de personnes ont peur de pleurer en séance, ou s’en excusent. Pourtant, les larmes sont souvent le signe que quelque chose de profond est en train de se dénouer.
- Elles témoignent que l’émotion est enfin accueillie, et non plus repoussée.
- Elles apaisent le système nerveux : après les pleurs, beaucoup de personnes ressentent un relâchement, une respiration plus ample.
- Elles réparent un manque relationnel : pleurer en présence d’une personne bienveillante, qui ne juge pas, offre à l’enfant intérieur une expérience qu’il n’a pas eue.
Il n’est pas nécessaire de pleurer pour que le travail fonctionne. Certaines personnes vivent ce processus sans larmes. Mais si elles viennent, elles sont les bienvenues. Pour en savoir plus sur le rôle des larmes, voyez pourquoi pleurer est bon pour le cerveau et le corps.
Un exemple
Récit composite, inspiré de situations rencontrées en accompagnement, prénom modifié. Élise, 45 ans, consulte pour une fatigue persistante et une irritabilité qui pèse sur sa famille. Elle dit ne pas être triste. En séance, elle remarque une sensation de poids sur la poitrine. Elle y trouve une part qu’elle appelle « la tenace », qui tient tout depuis des années. Avec la permission de la tenace, elle découvre derrière elle une fillette de neuf ans, au moment du départ de son père, à qui l’on a dit d’être raisonnable pour ne pas faire de peine à sa mère. La fillette n’a jamais pleuré. En séance, Élise pleure pour elle. Les semaines suivantes, la fatigue s’allège, et la tenace accepte de se reposer un peu.
Ce que l’IFS ne fait pas
Elle n’oblige jamais à revivre ce qui est trop douloureux. Elle ne remplace pas un traitement médical en cas de dépression. Elle ne doit pas être pratiquée seul sur des deuils traumatiques ou des souvenirs très chargés.
Un premier pas
Ce soir, posez une main sur votre poitrine, respirez lentement, et demandez intérieurement : « Y a-t-il en moi une tristesse qui attend d’être entendue ? » Ne cherchez pas de réponse immédiate. La question elle-même ouvre une porte.
Si vous souhaitez être accompagné pour libérer une tristesse ancienne, je vous reçois en cabinet à Saintes ou à distance.
Praticien en accompagnement — IFS, hypnose ericksonienne et Intelligence Relationnelle. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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