Thierry Sudan
— Psychologie

Les 3 phases de guérison de l’attachement anxieux, et pourquoi les rechutes en font partie

Reconnaître le schéma sans se juger, distinguer le passé du présent, construire une sécurité intérieure : les 3 phases pour passer de l’anxieux au sécure, avec l’IFS, l’hypnose, et la place des rechutes.

Les 3 phases de guérison de l’attachement anxieux, et pourquoi les rechutes en font partie
Photo par Vika Glitter sur Pexels

Vous avez compris que vous aviez un attachement anxieux. Vous reconnaissez vos réactions : l’inquiétude au moindre silence, le besoin de réassurance, la peur d’être abandonné. Et maintenant, une question se pose : est-ce que cela peut changer ? Et si oui, comment ?

La réponse est oui. Les chercheurs parlent de « sécurité acquise » : des adultes qui, à partir d’un attachement insécure, ont développé une manière plus sereine d’aimer. Ce chemin ne se fait pas en ligne droite, mais il suit souvent trois grandes phases. Les connaître aide à savoir où l’on en est, et à ne pas se décourager.

Pourquoi vous reproduisez toujours le même scénario

Avant de parler des phases, rappelons ce qui maintient l’attachement anxieux. Votre système nerveux a appris, souvent dans l’enfance, que le lien pouvait disparaître sans prévenir. Il s’est réglé pour détecter le moindre signe de distance et réagir vite. Cette alarme s’active automatiquement, avant toute réflexion.

C’est pourquoi les bonnes résolutions ne suffisent pas. On peut savoir parfaitement que l’autre nous aime, et paniquer quand même devant un message sans réponse. Le changement doit passer par la compréhension, mais aussi par le corps et par l’expérience.

Phase 1 : reconnaître le schéma sans vous juger

La première phase consiste à voir. Repérer vos déclencheurs, vos réactions, vos pensées automatiques. Comprendre d’où elles viennent.

Concrètement, cela passe par :

  • un journal des alarmes : chaque fois que l’inquiétude monte, notez la situation, ce que vous avez ressenti dans le corps, ce que vous avez pensé, ce que vous avez fait ;
  • la reconnaissance de vos stratégies : demander, vérifier, s’adapter, protester, bouder ;
  • un regard bienveillant sur leur origine : ces stratégies ont eu un sens, elles vous ont aidé à rester en lien quand c’était difficile.

Le piège de cette phase, c’est le jugement : « je suis trop dépendant », « je suis pénible ». Se juger active une partie critique qui ajoute de l’anxiété à l’anxiété. L’objectif est d’observer, comme un chercheur curieux.

L’apport de l’IFS

L’approche IFS (Internal Family Systems) est précieuse dans cette phase. Elle permet de voir que l’anxiété n’est pas « vous », mais une partie de vous. Une partie qui guette, qui s’inquiète, qui veut à tout prix garder le lien. Souvent, elle protège une partie plus jeune : un enfant qui a eu peur d’être oublié. Dès qu’on voit ces parties, on cesse de s’y confondre. On peut dire : « une partie de moi panique », plutôt que « je panique ».

Phase 2 : distinguer le passé du présent

La deuxième phase consiste à faire la différence entre ce qui se passe aujourd’hui et ce que cela réveille d’hier. Quand votre partenaire rentre tard sans prévenir, il y a la situation présente (un oubli, une négligence peut-être) et l’écho du passé (l’enfant qui attendait un parent qui ne venait pas).

L’intensité de votre réaction vient souvent davantage de l’écho que de la situation. Apprendre à les séparer permet de répondre au présent de manière proportionnée.

Quelques questions à vous poser quand l’alarme sonne :

  • Quel âge ai-je l’impression d’avoir, en ce moment ?
  • Est-ce que cette sensation m’est familière ? D’où ?
  • Qu’est-ce qui est vrai, ici et maintenant ?
  • Qu’est-ce que je dirais à un ami dans la même situation ?

L’apport de l’hypnose

En hypnose ericksonienne, on peut revisiter les situations anciennes qui ont installé l’alarme, depuis un état de sécurité. On offre à l’enfant d’alors ce qui lui a manqué : une présence, une explication, du réconfort. Ce travail réduit la charge émotionnelle du passé, et l’écho dans le présent devient moins assourdissant.

Sortir du jeu du sauveur et de la victime

Cette phase révèle aussi souvent des rôles relationnels répétitifs. Certaines personnes anxieuses se font sauveuses (« si je prends soin de lui, il restera »), d’autres se vivent comme victimes (« il me fait toujours souffrir »). L’Intelligence Relationnelle aide à repérer ces rôles et à en sortir, pour entrer dans une relation d’adulte à adulte, où chacun exprime ses besoins sans exiger que l’autre les comble à sa place.

Phase 3 : construire une sécurité intérieure

La troisième phase consiste à développer une source de sécurité qui ne dépende pas uniquement de l’autre. Non pas pour se passer des autres, mais pour ne plus être à leur merci.

Cette sécurité se construit de plusieurs façons :

  • savoir s’apaiser soi-même : respiration lente, ancrage dans le corps, lieu de sécurité intérieur travaillé en auto-hypnose ;
  • devenir pour soi la figure d’attachement qui a manqué : se parler avec douceur, se rassurer, prendre soin de ses besoins ;
  • multiplier les sources de lien : amis, famille, activités, communauté, pour que la sécurité ne repose pas sur une seule personne ;
  • faire de nouvelles expériences relationnelles : exprimer un besoin et voir qu’on est entendu, tolérer un silence et constater que le lien tient.

Le corps comme laboratoire

Le sport, la danse, le chant, le yoga peuvent devenir des terrains d’entraînement à la sécurité. Apprendre à rester dans un effort inconfortable sans fuir, à faire confiance à un partenaire de cordée ou d’équipe, à se relever après une erreur. Ces expériences corporelles nourrissent la confiance, bien au-delà du terrain.

Les rechutes font partie du chemin

Le chemin ne suit pas une ligne droite. Il ressemble davantage à une spirale : on repasse par les mêmes endroits, mais à un niveau différent. Une période de stress, une rupture, un deuil peuvent réactiver l’alarme, même après des mois de progrès.

C’est normal, et c’est même une bonne nouvelle : chaque rechute est une occasion de pratiquer ce que vous avez appris. Vous remarquerez probablement que l’alarme dure moins longtemps, que vous la reconnaissez plus vite, que vous vous jugez moins. C’est cela, le progrès.

Les signes que vous avancez

  • Vous attendez plus facilement une réponse sans paniquer.
  • Vous demandez ce dont vous avez besoin, au lieu de reprocher.
  • Vous avez des activités et des amis qui comptent pour vous, en dehors du couple.
  • Vous choisissez des partenaires plus disponibles, ou vous savez partir quand une relation vous fait trop souffrir.
  • Vous vous parlez avec plus de douceur.

Ce que ce chemin ne fait pas

Il ne vous rend pas insensible : vous continuerez à ressentir des émotions, et c’est souhaitable. Il ne garantit pas qu’aucune relation ne vous blessera. Et il ne remplace pas un suivi médical si l’anxiété est envahissante, s’accompagne d’attaques de panique, d’insomnie ou d’humeur très basse : parlez-en à votre médecin.

Pour des outils dans les moments difficiles, voyez comment calmer votre anxiété quand votre partenaire s’éloigne, et pour un exemple de parcours, le témoignage d’un chemin en six mois.

Commencer par un pas minuscule

Cette semaine, commencez simplement la phase 1 : un journal des alarmes, trois lignes par jour. Rien de plus. C’est souvent le pas le plus important.

Si vous souhaitez être accompagné sur ce chemin, je vous reçois en cabinet à Saintes ou à distance.

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement — IFS, hypnose ericksonienne et Intelligence Relationnelle. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

Prendre contact →
— Dans la même thématique